Entre les pierres

Griffée par l’ongle de la solitude, ma tête porte un hurlement silencieux. Dans ce Babel de misère, nos cris en farsi, tigrinia, pashto ricochent sur la roche.

Entre les pierres, ma peur gicle au gré du vent.

Le soir venu, je dépose tous les masques des conversations ordinaires sur les pierres, froides, impassibles et immobiles. Je fais glisser les tissus sur ce sol qui ne veut pas de moi.

Mon unique refuge est peuplé de pierres comme autant de fantômes caillassés par l’inhumain et je ranime mon cœur dans les yeux des bénévoles.

J’emporte la couleur de leurs mots comme le parfum du noyau de datte sous ma langue. Le parfum de mon pays lointain.

Adossé aux pierres, je mange des mots nouveaux puis recrache l’angoisse avariée des jours pour qu’elle me soit plus nourricière.

Amas de pierres, tu es l’ignoble fort de notre communauté silencieuse où je cache ma peur.

Dans mon cœur, passe-muraille,le chantier. Ma vie est en sachets, à bout de bras.

Je touche de mes mains crevassées les fêlures des pierres.

Je suis un homme fossile. Mes strates sont barbelées.

La République, au loin, observe son reflet dans la flaque de boue.

Paolina M., bénévole.