Ce que je n’ai pas pu vous dire

Dimanche 12 mars, hôtel Pasteur, 17h30. La vente d’illustrations se termine, la foule reflue. Je prends le temps de me promener. Il reste quelques illustrations aux murs de la salle d’exposition, taches de couleurs gaies sur le crépi qui s’effrite. Des enfants courent et leurs rires résonnent dans cet espace presque vide à présent. Dans la salle du fond, deux ateliers sont encore en cours. Je m’assois à côté d’un petit blond qui tamponne assidûment de jolis brins d’herbes, échange quelques mots avec Agathe. Elle est comme nous tous, fatiguée mais souriante. Je ne m’attarde pas, il va falloir clore la vente. Continuer la lecture de « Ce que je n’ai pas pu vous dire »

Carnets et écrits, dimanche 26 février après midi

Journée Solidarité Famille Migrantes organisée par l’association Polyvalence aux Grands Voisins.

Encrages y a fait une fresque géante avec Carole Chaix, Géraldine Alibeu, Magali Le Huche et Éléonore Zuber, un atelier de Portraits d’animaux avec Vanessa Hié et une lecture de Thomas Scotto traduite en dari par Panthéa. Continuer la lecture de « Carnets et écrits, dimanche 26 février après midi »

Pas de mot

Je n’ai pas de mots.
Je ne les trouve pas, je ne les trouve plus… Je raye, je rature, je me trompe, je réessaye, et je n’y arrive pas : les pierres sont toujours là… Les pierres sont toujours là.

Cathy Ytak
Image de Joëlle Jolivet

Mémoire de pierre

Des pierres sous un pont.
Des pierres plutôt que des corps.
Des pierres,
inertes comme des pierres tombales.

Pourtant, elles sont belles, ces pierres. Belles en elles-mêmes et bonnes à transformer. À tailler, à sculpter, à transformer en oeuvres d’art.

A-t-on jamais vu une pierre laide ?

Ce sont les intentions des hommes qui sont laides.

L’humain est doué pour la cruauté, la bêtise, l’abjection, il y fonce tête baissée, la conscience anesthésiée, la mémoire atrophiée.

La peur de l’autre lui fait perdre son sens commun.

Sans sourciller, il transforme les pierres des cathédrales en verrues, en furoncles, en taches blêmes, et hausse les épaules.

– Non mais quoi ? On est chez nous, on fait ce qu’on veut.
– C’est quoi le problème ? Hein ?
– On n’a écrasé personne.

Ont-ils pris toute la mesure de leur décision ceux qui, de leurs bureaux débordant de paperasse, ont fomenté le transfert de ces pierres ?

Honte sur eux d’avoir pensé “anti” plutôt que “accueil”, “fout le camp” plutôt que “fraternité”.

Savent-ils que l’humiliation marque au fer rouge ceux qui en sont victimes ?

Ces réfugiés sont le levain de demain.

Certains grandiront ici, iront à l’école de la République, travailleront à nos côtés, se marieront, feront des enfants, seront enterrés dans cette terre.

Et ils se souviendront, et leurs enfants et les enfants de leurs enfants après eux, de ce sinistre éboulis saluant leur arrivée dans notre beau pays de France, leur pays.

Triste entrée en matière.

Marie Sellier

Cailloux

Un jour de février 2017, de gros rochers ont été déposés par la mairie de Paris sous le pont de la chapelle, boulevard Ney dans le 18e arrondissement.

Ces pierres, vous les avez déposées pour empêcher les réfugiés de s’installer en attendant leur rendez-vous au centre humanitaire. Comme s’il fallait encore les éprouver, après la douleur traversée, la souffrance des jours et des nuits de marche. Continuer la lecture de « Cailloux »

Journal des pierres

Une semaine à la porte de la Chapelle

Vendredi 10 janvier

C’est le soir.

Une dernière connexion sur Facebook. Je découvre des photos postées par le collectif Solidarité Migrants Wilson. Des pierres installées sous le pont porte de la Chapelle, là où les exilés s’abritent en attendant de pouvoir entrer dans le centre humanitaire saturé. Parmi ces photos un peu floues de blocs de pierres éclairés par la lumière jaune verte d’un réverbère, un homme regarde l’objectif, calmement. Il est assis entre trois pierres.

La pose de ces pierres, là, est d’une froide hostilité. Continuer la lecture de « Journal des pierres »