Cailloux

Un jour de février 2017, de gros rochers ont été déposés par la mairie de Paris sous le pont de la chapelle, boulevard Ney dans le 18e arrondissement.

Ces pierres, vous les avez déposées pour empêcher les réfugiés de s’installer en attendant leur rendez-vous au centre humanitaire. Comme s’il fallait encore les éprouver, après la douleur traversée, la souffrance des jours et des nuits de marche. Continuer la lecture de « Cailloux »

Journal des pierres

Une semaine à la porte de la Chapelle

Vendredi 10 janvier

C’est le soir.

Une dernière connexion sur Facebook. Je découvre des photos postées par le collectif Solidarité Migrants Wilson. Des pierres installées sous le pont porte de la Chapelle, là où les exilés s’abritent en attendant de pouvoir entrer dans le centre humanitaire saturé. Parmi ces photos un peu floues de blocs de pierres éclairés par la lumière jaune verte d’un réverbère, un homme regarde l’objectif, calmement. Il est assis entre trois pierres.

La pose de ces pierres, là, est d’une froide hostilité. Continuer la lecture de « Journal des pierres »

Des jours marqués de pierres sombres

Il y a des jours marqués de pierres sombres.

Des premières pierres qui détruisent les édifices trop fragiles.

Il y a des jours où je ne voudrais pas être une femme, un homme de la famille de ceux qui ont jeté ces blocs rocheux là, juste à cet endroit, là où des femmes et des hommes qui n’ont pas de toit viennent s’abriter, se protéger du froid, de la pluie et de l’absence de regards.

On a déposé des pierres sous les piles d’un pont. On a jonché le sol de monolithes aux angles crus ; on a voulu éradiquer un espace pour en faire un non lieu, pour lapider la terre, à corps perdu. Continuer la lecture de « Des jours marqués de pierres sombres »

Des pierres…

Des pierres. D’énormes blocs. Des pierres dont on fait des maisons, des abris ? Non. Des pierres énormes placées sous un pont, pour empêcher de dormir dessous, serrés comme on peut dans l’hiver, en attendant qu’une porte s’entrouvre. Des blocs de pierre. Des pierres de larmes. Des blocs de peine. Des blocs de larmes. Des barrières qui font honte. Incompressibles. Incompréhensibles. Inacceptables.

Benoit Broyart
Image Joëlle Jolivet

Faire bloc

Petit, je m’inquiétais :

On prend un caillou. Par jeu, on le jette, au loin.
D’accord mais, quand même, de quelle famille le sépare-t-on ?

Devenu grand, cette inquiétude est restée la même.
Pourtant, s’y est ajoutée une certitude glaciale :
Il en va donc des humains de la même manière.
Jetés, séparés, entrechoqués, humiliés. Aussi facilement que ça… Continuer la lecture de « Faire bloc »

On aurait dû dire

On aurait dû dire :

Bonjour, vous devez être fatigués. Quel long voyage vous avez fait. Et si dur, oui, nous n’en doutons pas.

On aurait dû dire :

Comme vous avez dû avoir peur sur ce maudit bateau. Et vos enfants ? Vos proches ? Disparus dans les vagues ? Nous partageons votre douleur. Nous sommes désolés, attristés, indignés, furieux… Continuer la lecture de « On aurait dû dire »