Un jour de vote à l’Assemblée

La loi Asile et Immigration a donc été votée au parlement le dimanche 22 avril. Y compris avec les articles les plus controversés sur la rétention des mineurs, la télé audience (présence d’un interprète non obligatoire), le choix par l’administration d’une langue “approchante” dans laquelle serait censé se défendre le demandeur d’asile…

J’ai mis un peu de temps à digérer la séance à laquelle j’ai assisté à l’Assemblée Nationale.

Voilà quelques notes et croquis de ce cirque, dramatique.

Séance publique de l’examen et du vote de la loi Asile et Immigration
Vendredi 20 avril de 9h30 à 13h30

En début de séance, environ 45 députés sont présents.

Ils discutent de l’article 6 de la loi, qui prévoit la télé audience des demandeurs d’asile.

Il y a beaucoup d’amendements à cet article, défendus par des députés de tous bords.

À droite, on traite le ministre de l’intérieur de faux dur, à gauche, on dénonce une atteinte aux droits fondamentaux, une déshumanisation de la justice.

Sonia Krimi est la seule députée LERM à “fronder” ce vendredi matin… Quand elle prend la parole pour exprimer son opinion sur la télé audience, Gérard Collomb lui dit : « Attention Sonia ! »

Elle exprime malgré les pressions son inquiétude vis-à-vis de cette disposition qui, selon elle, va humilier encore un peu plus des personnes déjà soumises à beaucoup de choses indignes.

Mais attention, la qualification de frondeur.euse, ne fait pas de ces députés de grands humanistes pour autant.

Quand Sonia Krimi reprend la parole dans l’hémicycle 15 minutes plus tard, c’est pour dire à ses collègues de la majorité : « mais ne vous inquiétez pas, chers collègues, nous ferons les comptes à la fin de l’année et vous serez satisfaits du nombre d’expulsés. »

Elle est bien dans la ligne de tri, de contrôle et de restriction de l’accueil de sa famille politique, elle veut juste que se soit fait proprement. “Humainement”.

Dans l’ensemble, la majorité assume et défend une posture qui viserait à concilier humanité et fermeté. Humanité et réalisme économique. Pour le groupe LR, il faut être réaliste, nous n’avons pas les moyens d’accueillir au vu de notre situation économique.

L’idée que l’on puisse relativiser des acquis et des droits fondamentaux au privilège de l’économie est un principe acquis.

Tirons-en les conclusions qui pourront être appliquées à tous les champs sociaux.

Un moment m’a particulièrement choquée : un amendement du Modem, pour s’assurer de la présence d’un interprète lors de la télé audience, est rejeté lors d’un vote serré à main levée. Un député FI demande un second vote avec comptage des voix, le président de séance refuse. L’amendement est rejeté, c’est tout.

Inquiétant aussi, les attaques contre les associations.

Dès qu’un député cite une association, qui n’a plus besoin de prouver son sérieux, telle que la Cimade, le Gisti ou la LDH, les députés de droite s’en prennent violemment à celles-ci.

Les associations ne sont que des structures qui vivent des deniers de l’état, ne faisant que retarder et freiner la bonne marche de l’administration.

Concernant les mineurs isolés étrangers, il y a eu de nombreuses attaques, les députés LR y revenaient constamment. Ils n’auraient pas dû parler puisque non concernés par cette loi. Ces jeunes qui doivent être protégés par l’Aide Sociale à l’Enfance ont été sans cesse traités de menteurs, « il faut faire quelque chose pour endiguer ce flot »… On voit bien la tentative de criminalisation et de sortir du droit à la protection de l’enfance ceux qui sont étrangers.

Enfin, aller à l’Assemblée permet de voir, sans le cadre de la caméra, les proximités, collusions entre différents groupes politiques. Ici, le cousinage malsain entre le groupe LR et le FN est plus qu’avéré. Les députés LR, Ciotti et Dumont en tête, ont proposé beaucoup d’amendements très durs, ils ont beaucoup débattu, ont raillé la loi comme étant faussement dure, se sont moqué des droits des exilés et des associations. Les députés du FN, assis justes derrière, sont souriants, bras croisés, ils applaudissent. Le travail est fait.

Et puis il y a des choses qui ne changent pas, quand un député dit « cela rappelle les heures les plus sombres de notre histoire », Marine Le Pen et ses collègues rigolent, fort, en ajoutant « Oh la la, ça va hein »…

Mais ça, on est habitué.

Le moment des débats autour de cette loi que je garderai en tête est le discours de la députée Yaël Braun-Pivet, présidente de la Commission des Lois, vu en retransmission sur LCP. Car il montre toute l’hypocrisie de la majorité présidentielle.

En ouverture de séance le lundi 16 avril au soir, elle s’est fendue d’un texte qui se voulait humaniste, poétisé même à certains endroits… « J’ai vu des enfants dessiner des naufrages… » « J’ai vu des personnes prêtes à renoncer à leurs droits au Centre de Rétention Administratif du Mesnil Amelot… » pour finir avec… « c’est pourquoi je défends ce projet de loi. »

Un projet qui justement entérine le droit d’enfermer des enfants parce qu’étrangers, qui restreint tous les droits des exilés.

Notes et dessins, Judith Gueyfier