Quand on doit analyser Cendrillon de Charles Perrault pour un devoir ou une fiche de révision, le premier réflexe est souvent de chercher où commence chaque étape du schéma narratif. Le texte de Perrault ne pose pas de panneaux indicateurs : les transitions entre les phases du récit se glissent dans une phrase, parfois dans un simple changement de temps verbal. On va décomposer le conte pas à pas, en pointant les marqueurs textuels concrets qui signalent chaque bascule narrative.
Ce que la situation initiale de Cendrillon installe en trois paragraphes
Le conte s’ouvre sur un gentilhomme qui épouse en secondes noces une femme « hautaine et fière ». En deux phrases, Perrault pose le cadre familial complet : la belle-mère, ses deux filles, et la jeune héroïne héritant de la douceur de sa mère défunte.
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La situation initiale ne se limite pas à présenter les personnages. Elle installe un déséquilibre domestique stable : Cendrillon dort sur une paillasse, mange à l’écart, nettoie. Le malheur de l’héroïne est présenté comme un état durable, pas comme un événement. C’est un point à repérer pour distinguer la situation initiale de l’élément perturbateur : tant que rien ne vient modifier cet état, on reste dans la première phase du schéma.
Le surnom « Cendrillon » (ou « Cucendron » chez la cadette des sœurs) arrive comme un détail de caractérisation, pas comme un déclencheur. On est encore dans la description d’un quotidien figé.
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Élément perturbateur du conte : la fée marraine, pas l’invitation au bal
Voilà un point qui fait débat dans les copies d’élèves. Beaucoup identifient l’annonce du bal royal comme l’élément perturbateur. C’est une erreur fréquente. L’invitation au bal aggrave la frustration de Cendrillon (elle aide ses sœurs à se préparer, elle pleure), mais elle ne modifie pas concrètement sa situation.
Ce qui déclenche le basculement, c’est l’intervention de la fée marraine. C’est elle qui transforme une citrouille en carrosse, des souris en chevaux, un rat en cocher. Sans cette intervention, Cendrillon reste à la maison et le récit s’arrête. Les ressources pédagogiques utilisées pour la préparation au Brevet confirment cette lecture : l’élément perturbateur est l’action de la fée, pas le bal lui-même.
Le marqueur textuel à repérer dans le texte de Perrault est le passage du récit descriptif à une série d’actions magiques. On quitte l’imparfait pour basculer dans le passé simple, signe classique d’un changement de phase narrative.
Péripéties de Cendrillon : deux bals, deux montées de tension
La structure des péripéties dans Cendrillon est souvent simplifiée à tort en un seul épisode de bal. Perrault organise en réalité deux soirées de bal distinctes, avec une progression narrative entre les deux.
Premier bal : la séduction sans contrainte apparente
Cendrillon arrive, éblouit le prince et toute l’assemblée. Ses demi-sœurs ne la reconnaissent pas. Elle partage des oranges et des citrons avec elles (détail que Perrault glisse pour souligner son caractère généreux). Elle rentre avant minuit sans difficulté.
À ce stade, la tension reste faible. Le premier bal fonctionne comme une mise en place, une démonstration de ce que la magie rend possible.
Deuxième bal : la contrainte de minuit comme moteur narratif
Lors de la seconde soirée, Cendrillon « oublie » l’heure. Le texte de Perrault accélère ici : elle entend sonner le premier coup de minuit, s’enfuit, perd une pantoufle de verre dans l’escalier. C’est la seule véritable course contre le temps du récit.
- La fuite précipitée crée le suspense (la magie va se dissiper)
- La perte de la pantoufle introduit l’objet qui permettra la reconnaissance
- Le retour à l’état de souillon referme temporairement la parenthèse magique
On voit que Perrault construit ses péripéties par escalade : le premier bal pose la promesse, le second la met en péril. Les retours varient sur ce point parmi les commentateurs, certains traitant les deux bals comme une seule péripétie, mais le texte lui-même marque bien une rupture entre les deux soirées.

Dénouement et situation finale : la pantoufle de verre comme preuve
Le dénouement s’enclenche quand le prince fait essayer la pantoufle à toutes les filles du royaume. Perrault ne décrit pas une quête longue : on passe directement à la scène chez le père de Cendrillon. Les deux sœurs essaient la pantoufle, elle ne leur va pas.
Cendrillon demande à l’essayer, et la reconnaissance se fait par l’objet. Ce mécanisme correspond à ce que les analystes du récit appellent la « marque » dans le schéma de Propp : un objet ou un signe qui permet d’identifier le héros. Perrault double même l’effet en faisant sortir à Cendrillon la seconde pantoufle de sa poche.
La situation finale tient en quelques lignes. Cendrillon épouse le prince. Elle pardonne à ses demi-sœurs et les marie à des seigneurs de la cour. Ce pardon final distingue nettement la version Perrault de celle des frères Grimm, où les sœurs sont punies.
Schéma narratif et schéma de Propp appliqués à Cendrillon
Cendrillon fait partie des contes de Perrault qui se prêtent à une double lecture structurale. On peut plaquer le schéma narratif classique en cinq étapes (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement, situation finale), mais le texte répond aussi aux fonctions de Propp.
- Le manque initial correspond à la privation de statut social et d’affection maternelle
- Le donateur est la fée marraine, qui fournit l’objet magique (carrosse, tenue, pantoufles)
- L’interdiction (rentrer avant minuit) et sa transgression (oublier l’heure) forment le ressort du deuxième bal
- La reconnaissance par la pantoufle et le mariage ferment la séquence
Pour un travail scolaire, articuler les deux grilles sur le même texte montre qu’on dépasse la simple identification des étapes. Le schéma de Propp révèle la logique fonctionnelle là où le schéma narratif découpe la chronologie.
Le conte de Cendrillon par Charles Perrault reste un des rares textes où chaque phase narrative se repère dans le tissu même de l’écriture, sans besoin de forcer l’interprétation. La fée marraine déclenche, la pantoufle résout, le pardon referme. Trois mécanismes, un récit limpide.

