L’amour ouf Netflix : comparé aux autres films de Gilles Lellouche

Le chiffre claque : 26 millions d’euros de budget pour une adaptation qui ose tout sauf la tiédeur. Cannes 2024 aura vu débouler « L’Amour ouf », premier roman de Neville Thompson porté au grand écran en France, et sous la direction de Gilles Lellouche, l’homme qu’on n’attendait pas vraiment sur ce terrain. On connaissait l’acteur devenu réalisateur pour ses comédies fédératrices, ses succès à la française, mais cette fois, il s’empare d’un récit touffu qui bouscule ses propres repères.

Aux commandes, Lellouche réunit François Civil et Adèle Exarchopoulos, deux têtes d’affiche qu’on découvre ici dans un registre inattendu. Une distribution solide, un budget d’envergure, une ambition qui déborde du cadre habituel des comédies dramatiques françaises. Forcément, la critique s’est déchaînée, oscillant entre l’éloge de la prise de risque et la réserve face à ce virage inattendu. Le résultat ? Un film qui tranche net avec le passé de Lellouche, ce qui ne laisse personne indifférent.

Pourquoi « L’amour ouf » intrigue autant sur Netflix : entre inspirations littéraires et ambitions folles

La mise en ligne de « L’amour ouf » sur Netflix ne se contente pas d’ajouter un titre de plus au catalogue. Gilles Lellouche s’attaque ici à un récit ample, nourri par le roman de Neville Thompson, pour livrer une histoire rare dans le cinéma français actuel. Il suit le parcours accidenté de Clotaire et Jackie, duo magnétique incarné par François Civil et Adèle Exarchopoulos. Tout ici respire la volonté d’en découdre avec le formatage : la narration éclatée, la tension entre amour impossible et chronique sociale, l’énergie d’une fresque familiale qui ne recule devant aucune audace.

Dans cette adaptation, Lellouche casse ses propres codes. Il combine le lyrisme du romanesque à la vitalité du cinéma populaire, tout en assumant une candeur émotionnelle qui tranche avec la mode du cynisme. Les genres s’entremêlent, les registres se percutent : on passe d’une histoire d’amour tragique à des séquences de pure fantaisie, sans jamais perdre le fil d’un récit généreux.

Plusieurs acteurs viennent renforcer cet effet de saga. Voici quelques-uns de ceux qui traversent le film et lui donnent son relief :

  • Jean-Pascal Zadi
  • Alain Chabat
  • Vincent Lacoste

Leur présence n’est pas qu’un atout de casting : elle affirme le choix d’une œuvre large, populaire, sans peur de l’excès, naviguant entre la tendresse et une folie douce parfaitement assumée. L’exposition cannoise et la sortie sur Netflix témoignent d’un double pari : séduire à la fois la critique et le grand public, sans compromis.

La construction du film déjoue les attentes : on navigue entre les époques, les ruptures de ton, les moments musicaux inattendus. Adèle Exarchopoulos et François Civil livrent une performance qui ne triche pas, allant chercher dans la chair et l’émotion ce que le scénario a d’impossible. Chez Lellouche, le romanesque ne craint pas la grandiloquence, mais il vise juste, loin des recettes toutes faites du cinéma hexagonal.

Homme regardant Netflix dans son salon cosy

Gilles Lellouche à l’épreuve : que vaut « L’amour ouf » face à ses autres films cultes ?

Mettre « L’amour ouf » en perspective avec les réalisations précédentes de Gilles Lellouche, c’est mesurer un véritable virage. Jusqu’ici, le réalisateur s’était fait remarquer avec des films comme « Le Grand Bain », où la comédie chorale et la peinture sociale dominaient. Au cœur de ses récits : l’amitié, la solidarité, l’humour, incarnés par des acteurs populaires tels que Guillaume Canet ou Jean-Pascal Zadi. Cette fois, il change radicalement de registre en choisissant l’adaptation littéraire, portée par l’élan du romanesque.

La mise en scène prend de l’ampleur et de la liberté, tranchant avec la sobriété tendue de « Le Grand Bain » ou l’atmosphère réaliste de « Bac Nord », coréalisé avec Cédric Jimenez. Désormais, ce ne sont plus des groupes d’hommes soudés dans l’adversité qui animent le récit, mais la trajectoire intime et chaotique d’un couple, Clotaire et Jackie, campés par Adèle Exarchopoulos et François Civil. Le centre de gravité glisse de la bande à deux âmes esseulées, portées par le souffle de la tragédie amoureuse.

La galerie de seconds rôles, Alain Chabat, Vincent Lacoste, Elodie Bouchez, rappelle l’attachement du cinéaste à ses alliés de toujours. Pourtant, la tonalité évolue. Lellouche quitte la satire douce pour embrasser un style presque mélodramatique, loin des codes de « Bac Nord » ou des films écrits avec Jimenez. Ici, tout est permis : ruptures narratives, envolées lyriques, choix radicaux qui peuvent déranger ceux qui attendaient un simple « Grand Bain bis ».

Face à cette filmographie, « L’amour ouf » révèle une nouvelle facette de Lellouche : il n’est plus seulement le témoin du quotidien, mais s’aventure sur le terrain d’un cinéma populaire plus ample, moins prévisible. Film après film, il s’affirme comme un artisan audacieux, prêt à prendre tous les risques pour faire bouger les lignes du cinéma français. Et si la surprise n’est pas toujours celle attendue, elle a le mérite de réveiller les certitudes.

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