Cailloux

Un jour de février 2017, de gros rochers ont été déposés par la mairie de Paris sous le pont de la chapelle, boulevard Ney dans le 18e arrondissement.

Ces pierres, vous les avez déposées pour empêcher les réfugiés de s’installer en attendant leur rendez-vous au centre humanitaire. Comme s’il fallait encore les éprouver, après la douleur traversée, la souffrance des jours et des nuits de marche.

Des cailloux dans leurs chaussures.

Ces pierres anti-migrants qui rappellent les bancs anti-SDF qui avaient été bricolés à Angoulême avant le festival il y a quelques années.

Ces pierres les empêchent de s’allonger, de s’accorder un petit répit. Un début de repos.

Les réfugiés sont épuisés, ils ont froid, ne dorment plus.

Vous dites que ce n’est pas ça, que ces pierres, ces rochers, ces pavés, ces cailloux sont là pour permettre les travaux du tram, pour lutter contre les passeurs et puis, aussi, tiens, pour éviter les campements de rue.

Vous avez déposé les pierres de la honte et elles nous bousillent aussi.

Elles écrasent les mots qui devaient nous servir de socle solide, ces mots-là :

Les pierres de l’indignité.

Ces pierres, vous les avez posées sur nous tous et maintenant nous avons du mal à avancer.

Séverine Vidal
avec un dessin de Marion Barraud